Lundi 19 octobre 2026
« À LA FRANCE QUI S’EN VA » : REFUSER LE RENONCEMENT, APPELER AU SURSAUT
Au lendemain d’un week-end marqué par des violences et des débordements intolérables en marge des manifestations, j’ai tenu à déposer des fleurs au pied de notre mât tricolore, accompagnées d’un ruban portant ces quelques mots : « À LA FRANCE QUI S’EN VA ».
Ce geste n’est ni anodin ni partisan. Il est celui d’un maire profondément attaché à son marais, son pays, à son histoire, à ses institutions et aux valeurs qui ont fait sa grandeur.
Il est surtout l’expression d’une inquiétude profonde : celle de voir notre Nation s’habituer peu à peu à ce qu’elle n’aurait jamais dû accepter.
Car enfin, depuis quand faudrait-il considérer comme inéluctable que l’on puisse casser, piller, incendier, agresser des policiers et des gendarmes, saccager des commerces ou empêcher nos concitoyens de travailler et nos jeunes d’étudier ?
Depuis quand la violence serait-elle devenue un mode d’expression comme un autre ? Une Nation qui renonce à faire respecter ses lois finit toujours par fragiliser ses libertés.
Je veux exprimer ici ma solidarité la plus entière envers toutes les victimes de ces violences : les commerçants, les salariés, les habitants, les familles, mais aussi nos policiers, nos gendarmes et l’ensemble de ceux qui, au service de la République, assurent notre sécurité, parfois au péril de leur intégrité physique.
À ces femmes et à ces hommes qui portent l’uniforme de la République, je veux dire avec force notre reconnaissance et notre soutien. La France a toujours été une terre de débats, de confrontations d’idées, de revendications et de conquêtes sociales. C’est une part de son histoire et de sa grandeur.
Mais le droit de manifester n’a jamais conféré le droit de détruire. La liberté de contester n’a jamais autorisé celle d’intimider. Et aucune cause ne peut justifier que l’on s’en prenne à ceux qui ne la partagent pas.
La liberté des uns ne saurait se construire sur la négation de celle des autres. Celui qui veut travailler doit pouvoir travailler. Celui qui veut étudier doit pouvoir étudier. Celui qui veut manifester pacifiquement doit pouvoir manifester. Et celui qui assure la sécurité de tous doit pouvoir accomplir sa mission dans le respect qui lui est dû.
Voilà ce qu’est la République. Voilà ce que doit garantir l’État.
Dans la tradition gaulliste à laquelle je suis attaché, l’autorité de l’État n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition.
Il n’y a pas de République forte sans institutions respectées. Il n’y a pas de cohésion nationale sans devoirs partagés. Il n’y a pas de liberté durable lorsque la loi cède devant la violence.
À force de renoncements successifs, prenons garde à ne plus reconnaître la France que nous avons reçue en héritage.
C’est précisément le sens de ces fleurs déposées au pied de nos couleurs. Ce lieu nous rappelle que des générations de Français ont consenti les plus grands sacrifices pour que notre pays demeure libre, souverain et fidèle à ses valeurs.
Nous n’avons pas reçu la France en héritage pour la regarder s’effacer dans l’indifférence. Nous avons le devoir de la préserver et de la transmettre.
Je ne me résigne pas à voir disparaître une certaine idée de la France : celle du courage, de la responsabilité, de l’effort, du respect, de la fraternité et de la fierté nationale.
La France n’a pas besoin que l’on organise son déclin. Elle a besoin que l’on retrouve la volonté de son redressement.
Ce sursaut ne viendra ni de la violence ni de la division. Il viendra du courage de défendre nos principes, de restaurer le respect de nos institutions et de replacer l’intérêt général au-dessus des intimidations et des intérêts particuliers. C’est aussi notre responsabilité d’élus de la République : ne pas céder à la facilité du silence lorsque l’essentiel est en jeu.
Aujourd’hui, je veux le dire avec gravité, mais aussi avec espoir : la France n’est pas condamnée au renoncement. Elle conserve en elle cette force, cette dignité et cette capacité de redressement qui lui ont permis, tout au long de son histoire, de surmonter les épreuves. Encore faut-il avoir le courage d’y croire et la volonté de la défendre.
À la France qui s’en va, je refuse d’opposer le silence de ceux qui se résignent.
Car la France que nous aimons ne doit pas devenir un souvenir. Elle doit rester une promesse pour nos enfants.
Thomas GISBERT,
Maire de BOUIN